Bagdad zone rouge

490 DA
« Rouler ! Rouler dans Bagdad, indéfiniment, sans vraie raison, si ce n’est que tu veux voir, voir ce qui se passe, même s’il ne se passe rien de sensationnel. Tu ne te lasses pas de regarder à quoi ressemble une ville morte, figée dans la peur, une ville où personne n’est censé se promener. Rouler dans cette ville, c’est se laisser aller à l’envoûtement du spectacle qui défile devant tes yeux, comme au cinéma. Sauf que tu es à Bagdad la mystérieuse, Bagdad la maudite, Bagdad l’oubliée. Rouler à défaut de pouvoir faire autre chose, rouler pour se convaincre qu’on existe, que la ville n’est pas un mirage, qu’elle fonctionne cahin-caha et que tu en témoigneras. Rouler, ici, c’est comme prendre un tranquillisant, ou un excitant, ou peut-être bien les deux, ça dépend. Car rouler c’est se perdre, et c’est aussi se laisser aller à franchir courageusement d’invisibles frontières. »
A. N.