Laïcités autoritaires en terres d’islam

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La laïcité peut-elle être un vecteur de démocratisation dans les pays musulmans ? En analysant l’histoire de la Tunisie, de l’Algérie, de l’Égypte, de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran et de la Turquie, Pierre-Jean Luizard pose de manière nouvelle et lumineuse les enjeux actuels de la question laïque en terres d’islam.
Imposée par Mustafa Kemal au lendemain de la Première Guerre mondiale, la laïcité devient la religion civile du nouvel État-nation turc et un modèle pour l’ensemble du monde musulman : au cours du XXe siècle s’y répandent ainsi des idéologies nationalistes qui cherchent dans la race, l’histoire ou la langue, des principes d’union, en remplacement des identités religieuses encore dominantes.
Dès lors, les terres d’islam n’ont connu que des laïcités autoritaires qui ont paru bloquer toute émergence des sociétés civiles. Depuis Bourguiba jusqu’à Saddam Hussein en passant par le chah d’Iran, les professions de foi laïques ou laïcisantes ont été perçues comme le corollaire de régimes dictatoriaux et/ou de la perpétuation de la domination occidentale. Le seul pays musulman où la laïcité a été acceptée et intégrée culturellement est la Turquie. Pourtant, elle  a connu un face-à-face permanent entre des élites laïques et autoritaires au pouvoir et une société civile qui s’est exprimée de façon croissante par l’islam. De ce fait, elle partage aujourd’hui avec les autres pays musulmans une certaine configuration post-coloniale bien qu’elle n’ait pas été colonisée.