Jugurtha, un berbère contre Rome

Qui ne connaît le nom de Jugurtha (vers 155-104 av. J.C.), symbole de  la résistance à l’invasion étrangère ? Cette figure légendaire a inspiré au collégien Arthur Rimbaud  un poème en latin qui remporta le prix du concours organisé par l’Académie de Douai (2 juillet 1869), à Jean Amrouche son célèbre essai L’Eternel Jugurtha. Habib Bourguiba aimait dire qu’il était  un Jugurtha, mais un Jugurtha qui a réussi. Léopold Sedar Senghor chante le vaillant guerrier «à la vision puissante d’une Numidie bien numide» (Elégie de Carthage, IV). Mais qu’en est-il du Jugurtha réel, du personnage historique ? Il n’a fait l’objet d’aucune publication, ni d’un enseignement pour grand public ; il reste donc très mal connu, un «héros sans visage», selon l’heureuse expression de Serge Lancel.

Et pourtant, quel destin hors du commun que celui de Jugurtha! Enfant naturel du prince Mastanabal, il était voué à une existence obscure. Mais, poussé par une ambition ardente, homme d’audace et de ressources, il réussit à se hisser au sommet du pouvoir. Roi de la Numidie, il osa défier la puissance romaine et tint en échec, des années durant, les légions envoyées pour le vaincre et le capturer. Malgré son écrasante supériorité politique et militaire, Rome fut obligée de recourir à l’arme de la trahison pour mettre fin au « cauchemar numide».